|
Deux grands noms de la musique sénégalaise, Omar Pene et Thione Seck, sont en vedette en France avec la sortie de leurs nouveaux albums - deux facettes de la chanson sénégalaise - et un concert samedi à Paris pour le premier. Ces pionniers du mbalax - genre né dans les années 70 de la rencontre entre plusieurs rythmes locaux, le chant, le funk et, parfois, le reggae - sont avec Baaba Maal, Ismael Lô, Youssou Ndour et El Hadj Ndiaye, les seigneurs de la musique urbaine sénégalaise.
Ils se sont chacun imposés en créant, sur une base rythmique commune, leur propre style.
Omar Pene, qui donne à La Bellevilloise un concert "à la Sénégalaise", avec arrivée sur scène à minuit et fin des festivités à l’aube, est le garant de la tradition du mbalax.
Son nouvel album, "Myamba" ("Je T’aime"/Faces-Discograph), en est une preuve éclatante : sobre et épuré, il met en valeur sa voix de tête, puissante, souple et nuancée à la fois, sur fond de crépitements aériens des sabars, d’arrangements de guitares avec le contrepoint d’une contrebasse donnant une touche jazzy à l’ensemble. Il sont un certain nombre à estimer qu’Omar Pene est supérieur à Youssou Ndour. Les deux hommes ont souvent été opposés dès leurs débuts, Omar au sein du Super Diamono, Youssou à la tête du Super Etoile, les deux groupes phares de Dakar. "Youssou serait plus « Beatle », avec un côté griot, conteur, plus accentué. Omar est plus rebelle, plus « Rolling Stone », certains de ses textes ont été interdits vers le début des années 80", rappelle Thierry Nossin qui fut, à cette époque, le premier producteur en France de Youssou Ndour et d’Omar Pene. Le statut de "vedette" n’a pas changé Omar Pene. A 48 ans, il demeure proche de son public et des jeunes, qu’il interpelle dans ses chansons quand il évoque le racisme ("Mandela"), la polygamie qu’il condamne ("Oudje"), les jeunes Sénégalais, beaux parleurs et hâbleurs avec les femmes ("Sai Sai").
Thione Seck, 50 ans, va, avec "Orientissime" (Cantos-Syllart Productions), son nouvel album très international, par une toute autre voie. Ce disque est une plongée dans les musiques orientale, indienne et arabe, avec cordes, cuivres, oud, kanun, cithare et « tablas ». Il a été enregistré tout au long de voyages à Madras, Paris, Londres et Le Caire, avec nombre de musiciens locaux. Thione Seck, élevé dans la tradition musulmane, y brouille les pistes, entre chant wolof, gammes indiennes, mélopées arabes, et le fameux mbalax, toujours là en filigrane.
Ancien chanteur de l’Orchestre Baobab, une formation adepte d’une salsa afro-cubaine à la sauce sénégalaise, il a fondé dans les années 80 "Raam Daam", un groupe de pur mbalax. Il anime plusieurs fois par semaine le Kilimandjaro, son club, à Dakar.
AFP (Agence France Presse) Jeudi 2 février 2006 |