| Omar Pene, l'enracinement et l'ouverture |
Un jour,
bien avant d’entrer dans la légende, Omar Pene a quitté le foyer
paternel pour
la rue. Et en s’inspirant déjà, il y a plus de trois décennies, de
l’attitude
militante des reggaemen, il est devenu le grand frère des rapeurs, ces
porte-voix actuels des sans-voix dakarois. Plus de 600 chansons plus
tard, le
revoici demain soir au Cabaret du Mile-End à titre du parrain du
Festival
international Nuits d’Afrique (FINA). Un honneur mérité, car si un
artiste
incarne parfaitement la thématique Mé(ti)ssages du festival de cette
année,
c’est bien lui.
«Oui, je suis un chanteur engagé, clame-t-il en entrevue. Mon vécu dans la rue y est pour beaucoup. Comme je ne suis pas un griot, ce qui m’a amené à faire de la musique est de dire les choses, de dénoncer, de sensibiliser. Lorsque je regarde les enfants dans la rue, je me dis que leur place est à l’école. Lorsque je vois les jeunes risquer leur vie en s’embarquant dans les pirogues ou dans les cales d’avion, cela me fait mal et je leur demande de rester.» Omar Pene vient de faire paraître le disque Ndam, qui signifie «triomphe». De quel triomphe s’agit-il? «De celui des paysans, répond le chantre. Lorsque j’ai composé la chanson-titre, on vivait en régime de parti unique, mais les paysans faisaient quelque chose de concret, se levant tôt le matin, défiant la chaleur, prenant le temps de travailler une terre parfois rocailleuse pour la rendre fertile, semant des graines et faisant manger les gens. Je me disais à l’époque que si tous faisaient comme eux, on n’en serait peut-être pas là.» C’était il y a 30 ans et Omar Pene considère la pièce encore d’actualité, comme toutes celles qu’il reprend sur Ndam. Il le dit fièrement, mais avec toute l’humilité qu’il tire de sa foi mouride. Il a écrit sur l’unité africaine, la paix souhaitée, la violence faite aux femmes et aux enfants, l’amitié qui se perd dans ce monde d’opportunisme, l’amour et la glorification des femmes, tous des thèmes présents sur le disque. Le timbre doux et âpre, Omar Pene y propose une démarche à tendance acoustique, dans l’esprit de l’album Myamba, mais avec accordéon et banjo. Ces deux créations sont différentes de celles qu’il offre habituellement à Dakar avec son groupe le Super Diamono, rival historique de celui de You, avec lequel il a créé l’afro-feeling en mélangeant les sabars du mbalax au jazz, au blues, au R&B et au reggae. Existe-t-il deux carrières distinctes chez Omar Pene? «Absolument, répond-il. Aujourd’hui, j’ai envie de toucher un public qui n’est pas le mien et ce public adore la musique allégée. Mais en faisant cela, je demeure néanmoins fidèle à ce que Senghor prônait: l’enracinement et l’ouverture.» En deux mots, voilà la philosophie du FINA résumée. Yves Bernard 21 juillet 2010 |
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